30/01/2013

Stéphanie Stevens (Morlanwelz) : les élèves ne connaissent plus la valeur de l'effort

Stevens StéPhanie (enseignante – Morlanwelz), Les élèves ne connaissent plus la valeur de l’effort, LS 13/01/2007

 

Je pense pouvoir parler au nom de la majorité des ensei­gnants quand je dis que le souhait de chacun d'entre nous est de ne pas avoir d'échec. Pour­quoi ? Parce que l'échec, s'il est dif­ficile à vivre pour l'élève, l'est tout autant pour l'enseignant qui a ten­dance à se l'approprier. En effet, si malgré les heures passées à expli­quer certaines choses,'à trouver les exemples appropriés, à éva­luer, réexpliquer, les élèves échouent... n'est-ce pas de notre faute ? La première réaction de tout enseignant face à l'échec de ses élèves est toujours la remise en question : ne faut-il pas chan­ger sa méthode de travail, simpli­fier certains points, changer d'exemples, être plus concret? Mais aujourd'hui le taux d'échecs a tellement augmenté (je me re­trouve dans certaines classes avec 75 % d'échecs) qu'il faut chercher l'explication ailleurs.

La première cause de l'échec scolaire aujourd'hui est sans con­teste la fainéantise de nos élèves. Ceux-ci ne connaissent plus la va­leur de l'effort et du travail bien fait. Ils se contentent de peu et tra­vaillent très souvent de manière très superficielle. Pourquoi ? Parce que, dès le début de leur parcours scolaire, on les ménage beaucoup trop. Certes, trop de devoirs ce n'est pas bon mais pas de devoir c'est irresponsable ! C'est dès leur plus jeune âge que les écoliers vont apprendre que pour connaî­tre des choses, pour avoir de bons points, il faut fournir un effort et donner de soi-même. C'est aussi grâce aux devoirs et aux prépara­tions qu'ils vont apprendre à gérer leur temps de travail et à organiser leur travail en fonction des priori­tés. Reporter ce genre de responsa­bilités au deuxième degré du se­condaire c'est bien trop tard. Résul­tat : en 5e et 6e année du secondai­re, nombre de mes élèves récol­tent des zéros pointés pour devoir non fait !

La deuxième cause de l'échec scolaire, à mon avis, c'est le problè­me de la maîtrise très insuffisante voire inexistante de la langue fran­çaise. Cela se traduit de deux ma­nières dans les évaluations: pre­mièrement, les élèves ne compren­nent pas certaines questions, par conséquent, ils ne répondent pas toujours à la question posée. Deuxièmement, l'enseignant ne comprend pas ce que l'élève écrit : orthographe effroyable, écriture phonétique, pas de ponctuation, problèmes de syntaxe et de conju­gaison, etc. Comment en est-on ar­rivé là ? On nous a inventé, il y a plusieurs années, l'idée qu'il y a avait mieux que la bonne vieille dictée (qui, paraît-il, traumatisait les élèves) pour apprendre l'ortho-

graphe. Parallèlement, on a esti me qu'il fallait, dès le début d« l'école primaire, fixer l'apprentissa­ge du français sur la recherche du sens et de l'expression orale, c'est ce qu'on appelle la méthode glo­bale. On a aussi estimé qu'il fallait, en matière de lecture, privilégier une littérature dans laquelle le rap­port à la langue est plus basique, plus concret (vive la BD et exit la littérature ciassique !) ; mais com­me il ne faut pas que les élèves aient trop de travail à la maison, il ne faut pas leur faire lire trop de li­vres.

 

La première cause de l'échec scolaire aujourd'hui est sans conteste la fainéantise de nos élèves

 

Messieurs les théoriciens, cette nouvelieTTianière d'apprendre le français, fait de nos élèves de fin du secondaire de parfaits illettrés ! Bien sûr, il faut que l'école s'adap­te aux évolutions de la société. Mais les savoirs de base, ceux qui forment l'esprit critique, la capaci­té à raisonner et à apprendre sont toujours les mêmes aujourd'hui qu'hier. Les exigences des ensei­gnants à cet égard devraient égale­ment toujours être les mêmes.

L'école est le seul lieu qui peut et qui doit faire découvrir à l'élève Tailleurs, l'avant, l'autre, pour lui permettre d'analyser et de com­prendre la société. Et penser qu'il faut à tout prix veiller à intéresser les élèves à la matière en leur par­lant d'eux-mêmes, de leurs cen­tres d'intérêt, de leur environne­ment immédiat, c'est altérer leur capacité à prendre du recul par rapport au monde qui les entoure et cela n'en fera pas des citoyens responsables. A quand une réfor­me tenant compte de ce qui se passe dans les classes, et qui répa­re les erreurs du passé ?

22:12 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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