30/01/2013

Pierre Sentjens: constater les échecs

Sentjens Pierre, professeur de CG, Constater les échecs …, LB 05/01/2008

 

Récemment, une étude (PISA 2007) poin­tait les étudiants de notre enseignement francophone parmi les cancres de l'Eu­rope (24e sur 30), la Finlande, classée pre­mière, devenant une référence. Quelques ques­tions importantes restent cependant posées :

1. Dans quelles populations scolaires a-t-on sé­lectionné nos "cancres" ? Le critère "âge" était-il le seul pris en compte ?

2. Qu'appelle-t-on élève "belge"?

3.  De quel type de famille étaient issus nos "can­cres"?

Avant de compa­rer nos écoles à cel­les de la Finlande (et pourquoi pas à la Flandre classée 3e ?), il convient d'analyser la popu­lation scolaire de nos grandes villes francophones pour comprendre qu'il faudrait tenir compte, chez nous, du facteur "immi­gration". Nous trouvons, dans nos écoles, une majo­rité de Maghré­bins, un nombre important d'Afri­cains, et de plus en plus d'enfants is­sus d'Amérique la­tine ou des pays de l'Est.

Les origines dé­terminent les han­dicaps de chacun. Le manque de sco­larisation dans la petite enfance, l'analphabétisme,

la méconnaissance du français, en conséquence les difficultés d'apprendre d'autres langues, le man­que de volonté d'intégration, l'opposition aux va­leurs occidentales, le manque d'éducation, de réfé­rence culturelle, l'endoctrinement religieux, la déstructuration familiale, etc., sont des raisons qui rendent les tâches du corps professoral insurmon­tables.

Devant des classes aussi hétérogènes, dans des locaux et avec un matériel vieillissants, avec l'im­position de programmes inadaptés, les ensei­gnants ne peuvent que constater les échecs. Nos écoles affichent 44 pc de doubleurs, ne nous en étonnons donc pas.

Aujourd'hui, plutôt que de financer l'enseigne­ment, madame Arena, ministre de l'Enseignement francophone, pense avoir trouvé la solution mira­cle : le nouveau décret inscriptions. Objectifs ? Im­poser le mélange des étudiants quel que soit leur niveau de performance. Et forcer une formation commune. Cette solution ne coûte rien, bien sûr, mais de l'avis des personnes concernées, parents et enseignants, elle sera aussi la plus désas­treuse pour nos enfants.

Aux oubliettes donc, les écoles à discrimination positive et les ZEP (zones d'éducation prioritaire) ? Et l'orientation scolaire, serait-elle aussi devenue inutile ? Tous médecins ou tous aux kolkhozes ? Ne nous leurrons pas. Pour hausser le niveau des étu­des, il ne suffira pas de mélanger toutes les "couches" d'étudiants : les "attardés", les démotivés, ceux de mauvaise volonté, de mauvaise éducation, les violents... avec les étudiants volontaires et dis­ciplinés. Ni le mélange des pauvres avec ceux qui s'offrent des cours privés ? Il faudra aussi investir dans la remédiation, l'école des devoirs et ne plus compter essentiellement sur les grands-mères bé­névoles. Autres questions importantes :

1. En Finlande, quelles sont les conditions de

travail à l'école ?

2.   Quel  est le nombre     d'élèves par classe?

3. Quel est le ni­veau de formation des professeurs ?

Venons-en d'ailleurs "au plus beau métier du monde", dont on ne dit rien dans ce dos­sier. Parlons un peu de la formation, de la sélection et de la valorisation des en­seignants, et sur­tout, de la façon dont la Commu­nauté française tente de les moti­ver.

Imaginons un • homme initié et compétent dans son domaine (les sciences, l'écono­mie, la technologie, l'informatique ou les langues). Que lui propose-t-on dans l'enseigne­ment ? Une mau­vaise réputation, des horaires mal fi­chus, des cours sur plusieurs établis­sements avec de nombreux déplacements, une surcharge de travail administratif, aucun confort, des locaux et du ma­tériel minables, des classes et des parents hostiles, l'obligation d'obtenir des résultats, mais dans l'im­possibilité de sanctionner, et en prime, de la vio­lence. .. le tout pour des salaires au plus bas !

Pourriez-vous imaginer un seul instant que cette personne quitte, ne fût-ce qu'une partie de ses activités professionnelles, pour enseigner ? Les jeunes actuellement aux études supérieures ont déjà compris. Leur devise ? Tout, mais pas ensei­gner ! Nous connaissons une importante pénurie . d'enseignants dans bien des domaines. Sur qui, et avec quelles compétences, porte finalement le choix pour "garder" nos "cancres" ? Sur d'autres cancres qui enseignent.

"Celui qui peut, agit. Celui qui ne peut pas, ensei­gne", disait G.B Shaw. Voilà le véritable handicap de notre enseignement francophone : la misère pé­dagogique ou la misère tout simplement. Le reste, c'est de la démagogie et de la propagande. Les pa­rents sensés et soucieux de la qualité de l'enseigne­ment l'ont bien compris. Ils se sont rués dans les fi­les d'attente pour tenter une place dans les bonnes écoles, car celles-ci sont rares. Ils ont eu peur, à juste titre, de ces mélanges d'intelligents et de can­cres, de "loups et d'agneaux" dans une même cage, qu'imposé désormais la ministre de l'Enseigne­ment francophone. Bientôt la dernière place pour notre enseignement ? •

22:13 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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