30/01/2013

Jean Reignier (ULB-VUB): à propos de la 1ère bac

Reignier Jean (prof. émérite ULB-VUB), Filtre en fin de 1ère candi, LS 21/05/2005

La Communauté française a décidé que, dès l'an prochain, les étudiants en médecine et dentisterie seront filtrés à la fin de la première année d'étude, afin de calibrer le contingent aux quotas de praticiens fixés par le fédéral. J'ose espérer que nous assiste­rons à une levée de boucliers contre une mesure aussi peu ré­fléchie et aussi injuste, et que cet­te réaction viendra non seule­ment de tous ceux qui sont direc­tement concernés (étudiants, professeurs, responsables des universités), mais aussi de sim­ples citoyens épris de justice. .

J'ai enseigné pendant 40 ans à l'université; il m'est aussi arri­vé à plusieurs reprises de partici­per

aux travaux des jurys de pre­mière candidature en médecine. J'affirme que la nouvelle mesure est inadmissible pour plusieurs raisons. La plus évidente est qu'il est pratiquement impossi­ble de juger de la capacité poten­tielle à exercer le métier de mé­decin (ou tout autre métier d'ail­leurs) sur la base des résultats d'une première candidature. Les résultats de la première année ne déterminent qu'une seule cho­se : l'aptitude à suivre les ensei. gnements de la deuxième an­née. De plus, il faut avoir partici­pé à des jurys d'examen pour sa. voir à quels problèmes de cons­cience les professeurs peuvent parfois être confrontés et com­bien ils hésitent avant de tran­cher le cas de certains étudiants. Or, il ne s'agit « que,» de décider du sort d'un étudiant pour l'an­née suivante (sort dont je ne mi­nimise aucunement l'importan­ce). L'an prochain, ces mêmes jurys décideront de l'accès à une profession, c'est-à-dire de tout le futur d'un individu.

D'une manière assez hypocri­te, le décret veut tempérer l'im­portance du résultat des exa­mens en réservant 20 points sur 100 à un jugement quant à « l'ap­titude ». « Le Soir» reproduit ce que le décret entend par là. Il en ressort clairement que cette in­trusion des « psys » va dénaturer le premier jugement. Non seule­ment, elle diminue l'importance de la matière enseignée pendant un an, mais elle ouvre la porte à l'arbitraire. Il faut donc s'oppo­ser avec vigueur à ce projet de décret.

Mais, plus généralement, je pense que l'on doit contester tou­te idée de quota dans les études.

Chacun doit avoir le droit d'étu­dier, et la seule limitation démo­cratiquement et moralement ac­ceptable doit correspondre à la sanction des jurys. Dans le cas paniculier des métiers de la san­té, je peux comprendre que le gouvernement, soucieux de l'équilibre de l'Inami, cherche à limiter les dépenses en n'accep­tant qu'un certain nombre d'agréations. Cela ne lui donne pas le droit d'interdire à des jeu­nes de faire les études correspon­dantes. À l'heure de la mondiali­sation~ il est possible d'exercer ces métiers dans d'autres pays, et le cas échéant de faire œuvre d'humanité dans des pays où manquent cruellement méde­cins et autres praticiens.

J'ajouterai qu'il est piquant de constater que nos politiciens s'es­sayent maintenant et très mala­droitement à la planification alors que leurs aînés ont telle­ment dénoncé les fameux plans à long et moyen terme de la dé­funte Union soviétique.

22:19 Écrit par justitia&veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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